• Photo  Christian Reisler

    courir, courir  dans la nuit  -  ( RC )

    Courir,             toujours  courir

    dans la nuit  réglisse

                 le pied  léger

    alors  que la nuit  glisse

    toujours en devenir

    sur l'asphalte mouillée.

     

                   Sais-tu seulement 

                  où tu te diriges ?

    c'est le temps  compté  qui inflige

                le mouvement automatique, 

    où tes jambes te portent

    à travers la ville  ;

     

    vas tu semer tes poursuivants

    avec ce pas agile ,

    en cet instant de panique ?

    à moins qu'avec audace

    tu ne fasses demi-tour

    tu leur fais face :

     

    acte  de bravoure

    ou bien eux en retour

    se sentent poursuivis :

     

    à chacun son tour

    de tenir dans ses mains

    une partie  de la nuit

    malgré la pluie  et le crachin

    qui tombent  toujours,

     

                        et toi tu cours

                          ... eux aussi

     

    Personne ne sait exactement

    quel est le poursuivant

    et le poursuivi

    - ni ce qui le motive -

    en définitive:

     

    peut-être  n'y a-t-il pas plus de but

    que l'ultime  chute

    quand le matin efface

    toute trace d'angoisse

                        ( c'est que le non-dit

                          n'est pas inscrit

                           sur la photographie )

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

     

    Tous groupés dans une  salle,

    une lumière chiche rebondit sur le cadavre,

    malgré les corps des hommes

    qui se penchent  sur lui,

     observateurs indiscrets,

     comme pris  en photo malgré eux,

    penchés sur une mécanique

    cachée parmi les vivants.

     

    La peinture de Rembrandt

    n'est pas qu'une  surface

    où se distribuent  savamment

    les personnages sortis de l'ombre,

    répartis en demi-cercle

    autour du gisant.

     

    C'est une  vision au scalpel,

    où le pinceau même

    semble  retenir le bras du mort,

    alors  que  s'échangent  

    les regards  des assistants

     vaguement  coupables

    d'empiéter  dans un domaine tenu secret .

    Leurs regards sont inquiets,

    vaguement fuyants.

     

    Celui qui prend  des notes

    a l'air pris  en faute:

         - est-il permis de franchir les interdits,

         de faire que la connaissance

         pénètre dans le royaume

         où la mort a immobilisé les  choses  ?

     

    C'est une  "nature morte"..

    qui n'en est pas une,

          et nul ne  s'étonne

          que le bras ouvert

          semble  celui d'un autre,

    si on  pense que la main 

    n'est pas  dans sa position naturelle.

     

    La "leçon d'anatomie"

    a plutôt l'air d'un collage.

              Son aspect pédagogique

             paraît une mise en scène

             dans une pièce grise,

    - peut-être la sacristie  d'une  église

     

    ( si on observe la retombée des voûtes) -

                qui n'a rien d'un espace

                dédié à la dissection,

    comme les personnages en costume 

    dont les fraises blanches

    rythment le tableau.

     

    N'oublions pas l'épais livre,

    ouvert dans le  coin droit.

    C'est comme un vieux grimoire ;

    un ouvrage où sont  consignées

    toutes  sortes  de choses:

    des procédés, voire des recettes

    comme en possèdent

    - à ce que l'on suppose -

    sorciers  et alchimistes .

     

    En fait, c'est une  allégorie,

    et l'exercice,

     ( la leçon chirurgicale )

    est une  de ces  "vanités",

    comme on aime  en peindre à cette  époque,

     sur le rapport du vivant

     avec ce qui ne l'est pas,

    sur le présent,

    et sur ce qui a été :

     

    Même si on en parcourt l'intérieur,

    découpe  les membres ,

    sonde la peau et les viscères,

    il manque  toujours  quelque  chose

    pour que la mécanique

    se remette en route :

     

    c'est une méditation

    sur la fragilité de la vie :

     le corps devenu inutile,

     et l'âme  évanouïe...

     

    -

    RC - août  2019

     

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • expo  A Giacometti-  musée Maillol     l'homme qui marche    14.JPG

    photo perso – Alberto Giacometti: l’homme  qui marche ( son ombre).

    exposition au musée Maillol – Paris  2018

    Vois cette silhouette
    découpée dans la solitude.

    D’un pas décidé, elle progresse
    vers quelque chose qu’on ne voit pas.

    On ne sait si elle avance
    ou reste sur place :

    Il y a ce corps projeté en avant,
    ce pas tendu ,et pourtant

    les pieds englués au sol,
    entre futur et immobilité .

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • un paysage ordinaire ( Mark Rothko )

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'est un paysage  ordinaire,

    sans  autre relief

    que la lumière,

    bue par la toile ,

    ou bien inversement

    s'il en émane

    le feu de la couleur :

    elle semble  en sourdre,

    C'est un silence 

    que l'on ne peut entendre,

    inouï,

    au sens littéral.

    Et ce paysage,

    si c'en est un,

    absorbe toute parole ,

    et le poème est vain

    face au mur

    gigantesque du tableau

    qui émane  des abysses,

    ou nous y entraîne .

    -

    RC

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • L’image contient peut-être : 1 personne

    peinture: Peter  Sengl

     

     

    Frida et Frida,

    double portrait mécanique,

    chacune  se tient  par une manche, 

    symétrique  sans  l'être,

    sur  un fond plombé:

     

    jumelles où les mains  s'absentent,

    liens fragiles entre les veines,

    crissement des attelles métalliques

    tiroirs ouverts où le coeur épuisé 

    ne saigne  qu'avec peine .

     

    Posent-elles

    comme ces princesses

    de l'ère d'Elisabeth la première,

    scrutant l'avenir ,

    figées dans la souffrance ?

     

    -

     

    RC - juill  2019

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • photo perso - mai 2019   

    photo perso - Clermont-Ferrand

    Ceux qui  naviguent  dans  l'azur,

    savent aussi que la mer

    n'est pas  toujours bleue.

    Elle a ses fureurs  d'écume,

    et sous une  apparence aimable,

    a cette profondeur noire,

    repoussant les effets de lumière,

    et reflets de ciel

    comme s'il s'agissait 

    d'une écriture maladroite

    sur la page de garde

    d'un livre revêche

    décidé à ne pas livrer ses secrets .

     

     

    Pour ma part,

    j'ai traversé des rouges

    qui dansent,

    flottant  dans  l'espace

    comme des oriflammes .

    Des rouges cerise aux vermillons ,

    en presque bruns ,

    et parfois pourpres ,

    Ils n'ont  rien de tragique ,

    et palpitent aux vents,

    ils ne cherchent pas de point  d'ancrage ,

    se lovent  dans les images,

    les photographies, 

    les peintures de Delacroix .

     

     

    C'est comme une respiration,

    ou le jaillissement  d'un cri,

    un coup de cymbale,

    avec de temps  en temps

    ses creux ombreux,

    qui laissent  supposer

    qu'il se passe quelque chose

    sous la surface .

    Mais c'est  toujours fugace,

    et il faut être juste là au bon moment

    pour sentir cette palpitation,

    pour essayer de capter

    l'instant où la couleur se révèle

    et se démultiplie à mon regard.

     

    -

    RC-  mai 2019

       

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Ce monstre familier - ( RC )Paolo Uccello - Saint Georges et le  Dragon

     

    C'est donc ce monstre familier,

    que l'on promène  en laisse..

    Présente-t-il un danger ?

    Alors, ma princesse,

    serais-tu en détresse ?

    ( il n'a pas l'air de vouloir te manger )...

     

    Mais pourquoi piétine-t-il 

    si sauvagement ,

    cet être imbécile

    les parterres de mon jardin

    alignés bien sagement ,

    - et avec le plus grand  soin ?

     

    Voila venu fort à point

    St Georges  sur  son cheval,

    qui s'élance,

    et en un tour de main,

    transperce l'animal

    d'un terrible coup de lance !

     

    Il se peut  qu'on se demande

    d'où vient ce cavalier

    surgi de nulle part ,

    ce saint aventurier,

    nécessaire à l'histoire

    si on en croit la légende .

     

    On ne sait ce qu'en pense la reine,

    elle semble parader dans son salon :

    ( on dirait qu'elle  s'en fiche,

    indifférente à la scène ):

    elle ne s'était pas aperçue que son caniche

    s'était transformé en dragon .

     

    Ce sont des choses qui arrivent

    quand on pense à autre  chose ,

    même encore de nos jours :

    les idées dérivent

    et suivent un autre  cours...

    Ah,     si j'avais  cultivé  des roses !

     

    Je n'avais pas vu venir

    ce terrible nuage sombre

    annonçant l'éclipse...

    Je convoquerai à l'avenir,

    le cavalier  de l'apocalypse ,

    pour que le jour repousse l'ombre .

     

    Uccello nous le dit en peinture,

    - on a évité de peu l'orage

    dissimulé derrière la forêt ,

    -  Mais de cet épisode, que faut-il en conclure ?

    cette image  a quelque  chose  de suspect

    quelque peu invraisemblable :( on dirait un collage )...

     

    -

     

    RC -  avr  2019

     

    Partager via Gmail Pin It

    1 commentaire
  • sur une  sculpture  d'Antoine Bourdelle ...

     

    Lire la suite...

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

    Le limon noir de ma nuit

    Peinture: Pierre Soulages

     

     

     

    S'il faut plaquer  sur une  toile  

    le limon noir de ma nuit,

    je me sens  prisonnier  de  la matière,

    trop opaque pour 

    que j'échappe à sa consistance.

       

                 Le corps est trop léger,          ou trop frivole,

    - je ne peux laisser mon empreinte

    dans  ce noir qui m'ignore -  .

           Je ne traverse pas les  énigmes 

           les  paupières  closes,

    je n'en ai pas le pouvoir :

    la vraie  clarté se trouve  en intérieur,

    la surface a des reflets trompeurs .

     

            Il faudrait que  je la griffe,

    mais la nuit  ne se tient  pas  debout

    et ignore mes traces.

    De même,        avec ma plume,  je pourrais 

    tenter  d'écrire  en fermant les yeux,

    prendre  d'assaut des ponts de silence,

            mais ce serait sur une page  obscure,

    sa consistance même  , buvant l'écriture

     

    alors, je laisse  les choses où elles sont,

    j'ignore les  détails et les bruits .

         J'ai besoin de retrouver les couleurs  enfouies.

    Elles ne sont pas perdues .

    Un peu de lumière les  restituera.

                                                                   J'attendrai.

     

    -

    RC-  avr   2019

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Elliott  Erwitt  autoportrait

     

     

    Le photographe se regarde

    et s'étonne de se retrouver

    sur le cliché ,

    ( l'appareil face au miroir ),

    lui qui aurait voulu

    se fondre  avec le mur,

     

    se camoufler dans la nature,

    se fondre dans une  autre personne,

    sous le masque peint  du clown,

    en quelques traits charbonneux , 

    les sourcils levés

    d'un étonnement feint ;

     

    et le nez qu'on imagine

    en boule rouge,

    mais la photo ne le dit pas. 

     

    On ne sait si Elliott Erwitt

    se travestit ,

    à la suite de ses portraits de chien

    ici , en dalmatien,

     

    si c'est d'humour

    ou de surprise

    d'appartenir à une lignée

    qui fait le lien

    avec l'animalité ,

    la  dérision et la tragédie :

     

    la pose est volontaire

    mais le regard  acéré

    a cette inquiétude

    de celui de Rembrandt

    quand il témoigne

    des années qu'il traverse .

     

    L'instantané photographié

    révélant peut-être 

    autre chose à son auteur

    qu'une mise en scène comique .

    Son visage  en serait l'enjeu,

    le nôtre pourrait aussi l'être .

    -

    RC- mars  2019

     

    Partager via Gmail Pin It

    2 commentaires
  •  

     

    peinture: Paul Klee : les coups héroïques

     Image associée

     

    On ne sait pas exactement ,

    s'il s'agit d'une énigme à résoudre ,

    s'il faut suivre des pistes ,

    qui s'égarent dans la peinture ,

    si on doit se frotter à la matière,

    rugueuse au premier abord,

     

     

    et qu'il faut caresser,

    à la manière du vent ,

    qui finit par éroder

    les rochers les plus drus .

     

    Des lignes se croisent,

    ou prennent

    un malin plaisir à s'éviter,

    basculées dans un paysage incertain.

     

    Certaines sont effacées ,

    ou conduisent à des formes

    surgissant de nulle part ,

    dans les tableaux de Klee.

     

    Faut-il y voir une facétie ,

    ou des tracés

    qui supposent

    que l'on aborde

    dans un monde

    où les règles se courbent

    dans un langage

    qui nous est inconnu ,

    et pourtant familier ?

     

    Sa fraîcheur

    nous mènerait plutôt ,

    dans une sorte de réminiscence,

    où les lignes s'élancent

    dans le jardin de l'enfance :

     

    il convient de s'y plonger

    comme dans une aventure

    chaque fois renouvelée,

    sans chercher à la décrypter .

     

    - RC - nov 2018 -

     

    texte basé sur celui d'Henri Michaux, - voir ci-dessous

     

    Une ligne rencontre une ligne.

    Une ligne évite une ligne. Aventures de lignes. (...)

    Pour entrer dans ses tableaux et d'emblée (...),

    il suffit d'avoir gardé soi-même la conscience de vivre dans un monde d'énigmes,

    auquel c'est en énigmes aussi              qu'il convient le mieux de répondre". 

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •    Résultat de recherche d'images pour "picasso flutiste"

     

      Un flûtiste ,             un torero

           une pipe ,             un matelot,

           une  chèvre  équilibriste,

    ( de format cubiste  )  ,

    des visages au regard insondable,

    qui n'ont pas l'air aimables .

     

    -     Je revois Jacqueline

    traversée par des lignes  -

    ...    et ce qui relie

    le peintre à la vie   , 

    obsédé par son sujet

    qui reste pourtant muet .

     

    La multitude des variations

    semble en prendre possession

    quand il le campe

    sous la douleur d'une  lampe :

                -   si on prend le cas

    du bombardement de Guernica ...

     

    ce n'est pas pourtant l'esthétique

    des instants tragiques

    qui nous remue,

             mais les angles aigus

             qui nous transpercent

    et nous agressent

    ou le crissement de couleurs  crues

    à l'assemblage incongru .

     

           C'est comme un vocabulaire

                 ou une liste à la Prévert

                 Un flûtiste ,               un torero

    Une bouteille,      des papiers journaux,

            des poireaux,      des oignons,

           et les yeux vides d'un poisson

     

    ( ces choses bien ordinaires,

    ne cherchent pas à plaire :

    mais leur assemblage  étrange,

    quelque part,  dérange )

    comme ce paysage méditerrannéen

    aux accents lointains ,

    où  les couleurs piquent

    davantage que sous les tropiques...

     

    Il semble  que le peintre expie

    toute une tragédie

              quand il multiplie

              presque à l'infini ,

    la brisure des miroirs,

    et la distance qui  sépare

    d'une  façon  irrationnelle

           le peintre et son modèle.  

     

    Ce baiser         était-il un brasier

    mordant aux lèvres de l'aimée ,

    et le regard perdu dans le lointain,

    condamné      une  éternelle faim ?

     

    -

    RC - nov  2018

     

     

    ( c'est une  "variation-digression", sur le texte de Susanne Derève, qui suit....)

     

     

       

    Résultat de recherche d'images pour "Picasso paysage méditerranéen"

    P Picasso           Paysage méditérrannéen

     

     

    SD   :    l'homme  au chapeau

     

     

    Un flûtiste un torero

    une pipe un matelot

     

    L'homme au chapeau avait-il une jambe

    de bois

    L'homme aux jambes croisées n'en avait pas

     

    Un  baiser

    qui mordait aux lèvres bien-aimées

    La femme au long museau avait une oreille

    de trop

     

    Une queue de cheval

    à l'eau

     

                       Et puis ce corps abandonné

                       dans l'ombre douce d'une estampe

                       et qu'à la lueur d'une lampe

                       on devinait …

      

    Jacqueline au cou de girafe

    frêle Cléopâtre en carafe

    Jacqueline ornée pour la fête

    Jacqueline nue pied en tête

     

    Arlésienne  de pacotille

    Espagnole à la mantille

    A woman in a green dress comme à confesse

     Sous toutes les coutures

    un peintre et son modèle

    Des coutures, il ne garde qu'elles

     

    Une trapéziste, un elfe qui glisse

    La Californie on quitte Paris

     

    Un vieux mousquetaire et son reliquaire

    Female bodies new discoveries

    Une queue de cheval

    Pour aller au bal

    Et un caraco

    Couleur menthe à l'eau

     

    Et puis ce corps abandonné

    Dans l'ombre douce d'une estampe

    Qui dans la tiédeur de la lampe

     

    Me regardait ...

    --

     

    Résultat de recherche d'images pour "Picasso baiser"

     P Picasso   le baiser

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  
     

     
     
     
    peinture:           Jan Jansz van de Velde III – nature morte avec verre de bière
     
     
    Le parfum,
    confident de la lumière,
    S’attache aux volumes des objets,
    Et ceux-ci résonnent d’accords particuliers,
    Posés de touches de couleur ,
    Frottées et qui se recouvrent ,
    Selon l’aube de nos regards ,
    Et d’abord celui du peintre     .
    …. une présence extraite à leur mystère ,
    Par un rayon de lumière ,
    Posée sur les cuivres ,
    Et les transparences des verres ,
     
    Jouant discrètement leurs feux d’artifice ,
    Parmi les fruits disposés là ,
    Presque par hasard ,
    Offerts au sanctuaire de leur fraîcheur ,
    L’écho des pommes et des oranges ,
    Juxtaposant leurs courbes ,
    A la Sainte-Victoire d’une blancheur plissée ,
    Crayeuse et silencieuse ,
                                Nappe soumise
    Aux ombres ovales du compotier.
     
     
    RC      –  juin 2013
     

    peinture: P Cezanne , nature morte aux pommes et compotier            1899.         Musée du Jeu de Paume   Paris

     

     

     

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Image associée

    Dessin :  René Magritte

     

     

          Vous allez voir debout,

    image tatouée de lune,

            la statue de chair ,

    qui vous offre ses pommes ,

    ( un visage dressé sur les jambes,

    jaillissant d'un cou,    d'une  colonne  ).

     

         Son sourire est vertical ,

    et pourvu d'un nid,  soyeux .

         Il avale les oiseaux de passage ,

    qui oublient la prudence,

    et deviennent une proie

          quand ils s'endorment .

     

    La chevelure est embrouillée ,

    et a l'allure d'un  buisson sauvage,

    diffusant ses essences 

    aux vents  chauds  de l'été .

     

    Elle impose sa loi    par son sexe ,

    et son regard a les aréoles pointues ,

    qui font croire aux hommes ,

    qu'ils en sont conquérants   :

         -  ils se disent pourvus

            d'un solide appétit   .

     

    Mais la faim est vite repue ,

    et les voila bientôt assoupis ,

    alors que d'abord ,  elle se nourrit d'eux ,

    à  chaque fois  rendue plus forte  .

     

    Une ogresse à l'apparence aimable,

             mais froide , 

    qui dissimule ses serres,

    comme un félin, derrière des mains douces ,

    peut-être  l'avez vous déjà vue

    au détour  d'un chemin ,

     

          elle  vous offrira ses fruits  .

     

    Résultat de recherche d'images pour "magritte apple"

     "Avis aux croqueurs de pommes"

    -

    RC - aout 2018

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • J'essayais de me mouler dans son désir...

    photo Catherine Loth  -   musée des moulages, Lyon

    ---

    J'essayais de me mouler dans son désir.
    Il y avait la lumière
    qui caressait son corps,
    la courbe de ses gestes,
    l'invitation de son regard.
    J'essayais de me lover
    dans la trajectoire des sens,
    mais les mains restaient dures,
    le torse de la sculpture
    immobile
    dans sa rigidité
    d'image, qui trompe les sens
    en faisant passer le marbre
    pour de la chair .
    -

    RC - jui

    ll 2018

     

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • dessin sur les baigneuses de PicassoLe peintre  a posé  son regard

     
    Le peintre  a posé  son regard
    sur la plage.
    C'était un de ces après-midi
    ensoleillés,
    où la couleur du ciel
    n'est perturbée  que par les traînées
    de légers nuages .
     
    Trois modèles apparaissent,
    nonchalantes,
    habillées de couleurs vives,
    sorties de la palette :
    et le temps  semble  s'être  arrêté,
    comme le vent, emprisonné
    dans la chevelure .
     
    Aucune  d'elles ne semble
    avoir mis le pied dans l'eau :
    elle ressemblent à des personnages
    d'un rideau  de scène,
    comme de ceux que l'on abaissait
    pendant les changements de décor .
     
    Peut-être vont--elles  s'animer  ensuite :
    nul ne le sait .
    Il faudrait une  autre version de l'image.
    On chercherait dans les variations,
    des différences, même, à peine visibles  :
    est-ce  le phare  qui clignote,
    ou le voilier qui a changé  de place ?
     
    Les couleurs  du temps  sont  trompeuses,
    et on se demande  pourquoi le peintre  a choisi
    de donner  ces positions  aux baigneuses,
    qui n'en sont pas,    précisément.
     
    RC 
     
    illustration: dessin perso  sur tablette  graphique.
    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

     

     

     

     



    peinture:     Nicolas de Staël Notes finales pour une nature-morte

     

    Comment le peintre  s'en va  

    explorant les  lointains,

    puis revient dans une  nature morte

    avec de grandes  zones plates .

     

    Ce sont des murs de couleur .

    Ils se dressent.

    Ils  débordent de leurs limites,

    comme les bouteilles

    dressées sur la table  de l'atelier .

     

    Leur texture se  sent  presque ,

    même  si aucun détail ne la montre.

    Leur  distance s'annule 

    comme la pesanteur

    sous de larges  coups de brosse.

     

    Deux formes rouge et bleu, sans nuance

    combattent des grisés de mauve .

    On ne les identifie pas 

    et cela n'a pas  d'importance .

     

    Une note finale,

    stridence nécessaire,

    comme à la fin d'un chorus de jazz,

    l'éclat cuivré d'un coup de  cymbale .

     

    -

    RC -  fev  2018

     

    Partager via Gmail Pin It

    2 commentaires
  • sculpture: C Brancusi

    sculpture  C Brancusi

     

     

    -

     

     

    L'oiseau de passage

    Flèche  les pages

    Données  au vent.

     

    Il ne laisse trace,

    Que l'ombre fugace,

    Courant  sur le sol,

     

    Et les ruisseaux, les forêts,

    Oublient  tout de l'image,

    Car elle est sans mémoire.

     

    Elle ne s'accroche ,    qu'au temps,

    Celui de l'envol,

    Celui de      l'instant présent.

     

    Qu'importe     le nom des hommes,

    S'ils font de leur vie un envol...

    Ils s'accomplissent  autrement,

     

    Même sans graver leur nom dans l'histoire.

     

    -

     

     

     

    RC- août 2014

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •                  

    La muse endormie -  ( RC )

     sculpture: C Brancusi

     

    Elle est là, lisse et brillante,

    comme une goutte d'eau posée ...

    Ce pourrait être sur un lit de branches,

    ou coussin de velours         .

                          Elle repose, immobile,

    mais cela n'a rien à voir avec la mort.

     

    Elle rêve en son sommeil ,

    concentrée sur son rêve de bronze ,

    lisse dedans, sereine   :

    tout est possible dans ses pensées,

    la muse sourit en silence

    dans son sommeil.

     

    Ni déesse solennelle,

    ni allégorie,        elle a aucun attribut,

    ne présente qu'elle même ,

    naturelle au point que l'on oublie,

    que,                     toute entière  dans son seul visage  :

                                                                       la sculpture a délaissé son corps .

     

            Elle est là,        lisse et brillante,

    et attend avec bienveillance,

    comme une évidence .

    Elle est muette, endormie,        suivie de son ombre ronde :

             Attends qu'elle se réveille,

    elle te confiera son secret.

     

    -

    RC - janv 2018

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

    Un temps  qui n'a ni début, ni fin - ( RC )

    photo de Patrice Terraz voir portfolio 

     

     

    Il y a sur la mer des ombres immobiles,
    noires,
    aussi denses que pourrait l'être
    l'espace d'un mutisme.

    Il ne dit rien de lui-même,
    clos sur son silence,
    alors que tourne le ciel,
    autour d'un centre indéfini,
    que peut-être on ne peut imaginer.

    C'est sans doute
    parce qu'on fixe sur la pellicule,
    le temps qui défile,
    et se courbe .

    Le regard ne le traverse pas :
    sa distance se confronte à l'épaisseur de la nuit,
    mais celle-ci palpite de lumière,
    moins pesante que la pierre :
    un vol engourdi et circulaire.

    Un temps qui n'a ni début, ni fin .

    -
    RC - janv 2018

    Partager via Gmail Pin It

    2 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires