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    Tous groupés dans une  salle,

    une lumière chiche rebondit sur le cadavre,

    malgré les corps des hommes

    qui se penchent  sur lui,

     observateurs indiscrets,

     comme pris  en photo malgré eux,

    penchés sur une mécanique

    cachée parmi les vivants.

     

    La peinture de Rembrandt

    n'est pas qu'une  surface

    où se distribuent  savamment

    les personnages sortis de l'ombre,

    répartis en demi-cercle

    autour du gisant.

     

    C'est une  vision au scalpel,

    où le pinceau même

    semble  retenir le bras du mort,

    alors  que  s'échangent  

    les regards  des assistants

     vaguement  coupables

    d'empiéter  dans un domaine tenu secret .

    Leurs regards sont inquiets,

    vaguement fuyants.

     

    Celui qui prend  des notes

    a l'air pris  en faute:

         - est-il permis de franchir les interdits,

         de faire que la connaissance

         pénètre dans le royaume

         où la mort a immobilisé les  choses  ?

     

    C'est une  "nature morte"..

    qui n'en est pas une,

          et nul ne  s'étonne

          que le bras ouvert

          semble  celui d'un autre,

    si on  pense que la main 

    n'est pas  dans sa position naturelle.

     

    La "leçon d'anatomie"

    a plutôt l'air d'un collage.

              Son aspect pédagogique

             paraît une mise en scène

             dans une pièce grise,

    - peut-être la sacristie  d'une  église

     

    ( si on observe la retombée des voûtes) -

                qui n'a rien d'un espace

                dédié à la dissection,

    comme les personnages en costume 

    dont les fraises blanches

    rythment le tableau.

     

    N'oublions pas l'épais livre,

    ouvert dans le  coin droit.

    C'est comme un vieux grimoire ;

    un ouvrage où sont  consignées

    toutes  sortes  de choses:

    des procédés, voire des recettes

    comme en possèdent

    - à ce que l'on suppose -

    sorciers  et alchimistes .

     

    En fait, c'est une  allégorie,

    et l'exercice,

     ( la leçon chirurgicale )

    est une  de ces  "vanités",

    comme on aime  en peindre à cette  époque,

     sur le rapport du vivant

     avec ce qui ne l'est pas,

    sur le présent,

    et sur ce qui a été :

     

    Même si on en parcourt l'intérieur,

    découpe  les membres ,

    sonde la peau et les viscères,

    il manque  toujours  quelque  chose

    pour que la mécanique

    se remette en route :

     

    c'est une méditation

    sur la fragilité de la vie :

     le corps devenu inutile,

     et l'âme  évanouïe...

     

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    RC - août  2019

     

     

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